30 ans de création théâtrale
30 ans, donc, que j’écris pour le théâtre. Près de 40 pièces. Toutes rédigées en Ardèche, ma terre d’adoption, mon univers inspiré, avant d’être représentées à travers la France et dans d’autres pays. Ce choix de créer sur un territoire qu’on se complaît trop souvent à dire reculé, je le revendique. Car c’est ici que je me sens le plus proche du monde. Immergé dans cette beauté naturelle qui, voilà plus de trente mille ans, inspira les premiers représentants de notre branche d’humanité, au point qu’ils allaient faire jaillir sur les parois d’une grotte ce qui constitue la première œuvre picturale connue à ce jour. Des peintures qui, lorsque je les ai vues, à la faveur d’une visite de la grotte Chauvet à l’invitation de la Conservatrice, ont provoqué en moi une telle émotion que j’ai cru défaillir. Incroyable ! Le génie à l’état pur. Dès l’origine. Toutes les lois optiques, qui ne seraient énoncées qu’à la Renaissance, sont déjà là. Toutes les ressources de l’imaginaire. Quelle chance inouïe de pouvoir vivre à proximité de cette merveille ! On a le sentiment d’en être irradié. Et l’on se sent naturellement porteur d’une responsabilité à son égard. Celle de transmettre ce message immémorial de beauté. Depuis le jour où j’ai pénétré dans ce grand théâtre du sens où l’on perçoit les forces de vie en action, je me demande si hors la vision de ces êtres-là nous aurions pu arriver jusqu’à aujourd’hui. Et je me demande s’il nous sera possible de survivre au déni de l’art et à sa marchandisation effrénée… au déni de la vie et à sa monstrueuse exploitation.
Ces 30 ans de théâtre représentent, à la mesure de mes forces, ma modeste contribution au partage de la sensibilité, de l’émotion et des quelques valeurs fondamentales qui nous permettent de vivre ensemble.